Le yoga et le monde des sens

Les organes sensoriels ont une grande place dans le yoga. S’appuyant sur la théorie Sâmkhya, ils sont la porte entre le monde extérieur et notre vie intérieur. Notre vie intérieure serait constituée de notre mental, simple coordinateur des informations extérieures captées, de notre personnalité qui colore le réel au regard de notre vécu, puis de l’intelligence qui offre cela avec neutralité à la Source intérieure.

C’est là qu’il est intéressant de questionner : nos organes sensoriels sont-ils de simples capteurs ? Tout cela paraît un peu froid pour un être humain doté de sensibilité.

En effet, où est la place de la saveur d’une rose, d’une caresse, ou d’une musique qui nous anime ?

Le yoga place le retrait des sens comme la clef d’une démarche spirituelle d’intériorité vers notre Source de vie, de joie, et de paix. En effet, la théorie est claire et convaincante : c’est lorsque l’on cesse de courir après les objets extérieurs que nous sommes disponibles à nous tourner vers notre vie intérieure. Notons au passage que le yoga place sur le même registre attraction et répulsion, ce sont des réactions aux objets extérieurs qui nous coupent de nous-même.

Il y a cependant une énergie de vie dans le plaisir sensoriel. C’est ce qu’explore pleinement la voie tantrique. C’est une voie très délicate car le risque de se perdre dans le désir est très fort, mais nous pouvons nous en inspirer. Dans l’idée de faire circuler au mieux l’énergie dans notre corps, la bonne santé de nos organes sensoriels est primordiale. D’après le yoga, cette bonne santé serait la capacité à jouir de nos organes sensoriels, sans se perdre dans le désir qui est nous le savons insatiable, et ainsi et surtout ne pas ajouter d’agitation supplémentaire au mental. Il s’agit de percevoir sans commentaires intérieurs, dans le vécu de la sensation. Se délecter des parfums de notre jardin en sentant que ça s’ouvre en nous, se laisser bercer de volupté par une symphonie, contempler sans penser les magnifiques paysages qui s’offrent par chez nous, tout cela va dans le sens de l’apaisement du mental. C’est quand il y a crispation que l’énergie se bloque, crispation dans une tension et une dépendance à un objet sensoriel, ou au contraire une répulsion face à certains aspects du réel.

Encore une fois, c’est dans notre lien au monde extérieur que nous évaluons la justesse de notre pratique sur le tapis. Si celle-ci nous ré-harmonise énergétiquement, notre lien au monde sensoriel est harmonieux et heureux, et c’est là que l’on peut se tourner paisiblement vers notre paix intérieure. Le yoga-sûtra nous dit cela ni plus ni moins dans le sûtra II-17 : la Nature a deux finalités qui sont jouissance de celle-ci et libération de celle-ci. Et les deux se complètent. En s’apaisant avec le monde, par la voie sensorielle ou autre, nous pouvons enfin nous offrir au mystère de la vie en nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut